Psicología

Centro MENADEL PSICOLOGÍA Clínica y Tradicional

Psicoterapia Clínica cognitivo-conductual (una revisión vital, herramientas para el cambio y ayuda en la toma de consciencia de los mecanismos de nuestro ego) y Tradicional (una aproximación a la Espiritualidad desde una concepción de la psicología que contempla al ser humano en su visión ternaria Tradicional: cuerpo, alma y Espíritu).

“La psicología tradicional y sagrada da por establecido que la vida es un medio hacia un fin más allá de sí misma, no que haya de ser vivida a toda costa. La psicología tradicional no se basa en la observación; es una ciencia de la experiencia subjetiva. Su verdad no es del tipo susceptible de demostración estadística; es una verdad que solo puede ser verificada por el contemplativo experto. En otras palabras, su verdad solo puede ser verificada por aquellos que adoptan el procedimiento prescrito por sus proponedores, y que se llama una ‘Vía’.” (Ananda K Coomaraswamy)

La Psicoterapia es un proceso de superación que, a través de la observación, análisis, control y transformación del pensamiento y modificación de hábitos de conducta te ayudará a vencer:

Depresión / Melancolía
Neurosis - Estrés
Ansiedad / Angustia
Miedos / Fobias
Adicciones / Dependencias (Drogas, Juego, Sexo...)
Obsesiones Problemas Familiares y de Pareja e Hijos
Trastornos de Personalidad...

La Psicología no trata únicamente patologías. ¿Qué sentido tiene mi vida?: el Autoconocimiento, el desarrollo interior es una necesidad de interés creciente en una sociedad de prisas, consumo compulsivo, incertidumbre, soledad y vacío. Conocerte a Ti mismo como clave para encontrar la verdadera felicidad.

Estudio de las estructuras subyacentes de Personalidad
Técnicas de Relajación
Visualización Creativa
Concentración
Cambio de Hábitos
Desbloqueo Emocional
Exploración de la Consciencia

Desde la Psicología Cognitivo-Conductual hasta la Psicología Tradicional, adaptándonos a la naturaleza, necesidades y condiciones de nuestros pacientes desde 1992.

jueves, 22 de diciembre de 2016

Un voyage en Russie sous la neige - Mon site SPIP

Le Rocambole, n° 22, Printemps 2003, pp. 127-139 L'univers de Rocambole est centré et hiérarchisé. Dès l'ouverture, après l'évocation de la retraite de Russie en 1812 et à la suite d'une tragique aventure bretonne, le lecteur a droit à la magnifique scène d'un défi lancé à la face du monde depuis les hauteurs de Montmartre par un personnage luciférien, Andréa, contre son frère Armand de Kergaz, incarnation des forces du Bien : Il sortit lentement, comme un tigre blessé qui se retire à reculons et menaçant encore, et puis, du seuil de la porte, promenant à son tour un regard par la croisée entr'ouverte sur Paris, que commençaient à baigner les premières clartés de l'aube, il s'écria, comme s'il eût jeté un terrible et suprême défi à Armand : - A nous deux, donc, frère vertueux ! nous verrons qui l'emportera entre nous, du philanthrope ou du bandit, de l'enfer ou du ciel… Paris sera notre champ de bataille ! [1] Paris est encore, à cette époque, le centre du monde. Autour de ce centre s'étagent trois périphéries. D'abord, à l'intérieur de la France, les aventures, comme dans la Comédie humaine de Balzac, se répartissent entre les « scènes de la vie parisienne » et les « scènes de la vie provinciale ». Une province nous semble privilégiée entre toutes : la Bretagne, ouverte sur la mer et riche des légendes de ses forêts profondes héritées du lointain Moyen Age. Puis, sur le théâtre européen, qui forme comme une première ceinture autour du royaume central, la France, l'imaginaire s'investit de préférence selon un axe Nord-Sud : au Nord, l'Angleterre, la perfide Albion, la puissance rivale où les champions du Mal trouveront toujours un appui ; au Sud, l'Espagne, symbole des passions amoureuses et politiques. Frontière de la Manche, frontière des Pyrénées. En revanche, du côté de l'Est, la frontière du Rhin ne semble guère stimuler l'imagination de Ponson du Terrail et le monde germanique est peu présent, nous semble-t-il, dans son œuvre. Mais, au-delà, commence la troisième zone de périphérie, celle de l'exotisme au grand large, représentée par deux mondes imaginaires aux connotations vivement marquées : l'Inde, d'une part, héritage des fantasmagories orientales héritées depuis le temps des voyages de Marco Polo ; et la Russie, l'empire des Tsars, au parfum de despotisme asiatique sous les habits de la civilisation européenne. Évoquée dès le prologue général des aventures par l'évocation tragique de la Grande Armée en retraite franchissant la Bérézina, qui voit périr le colonel Armand de Kergaz sous les balles du félon Felipone, la Russie est dès l'abord présentée comme le pays des neiges : C'était en 1812. La Grande Armée effectuait sa retraite, laissant derrière elle Moscou et le Kremlin en flammes, et la moitié de ses bataillons dans les flots glacés de la Bérézina Il neigeait… De toutes parts, à l'horizon, la terre était blanche et le ciel gris. [2] La Russie, le lecteur va la retrouver, mais beaucoup plus tard, dans l'épisode intitulé « Madeleine », qui forme la première partie de la Résurrection de Rocambole. Deux sœurs, Antoinette et Madeleine Miller, sont les victimes du baron Philippe de Morlux, et surtout de son abominable frère Karle. Rocambole vient de tirer des griffes de la mort Antoinette, emprisonnée à la Roquette suite aux machinations des frères de Morlux ; Madeleine, elle, est institutrice en Russie dans la famille du puissant comte Potenieff. Ayant réussi à capter l'héritage des deux jeunes filles, les Morlux cherchent à le conserver à tout prix, le baron Karle prenant les choses en main et désireux de faire disparaître Madeleine, le dernier témoin - croit-il - de ses turpitudes. C'est la raison pour laquelle il entreprend un voyage en Russie qui sera fertile en aventures et en rebondissements.Mais ce qui nous intéressera avant tout ici, plus que le récit palpitant des aventures, c'est l'image de la Russie qui est présentée dans ce long épisode de deux cents pages. La première image qui est donnée de la Russie, celle qui « blasonne » en quelque sorte ce pays dans tout l'imaginaire occidental, c'est celle de la plaine immense couverte de neige : Quittons la France pour la Russie - Paris pour Moscou. La plaine est neigeuse ; les traîneaux sillonnent les vastes champs de l'empire russe ; la bise est glacée. Une téléga de poste, attelée de trois chevaux garnis de clochettes, glisse et bondit sur le sol couvert de neige, et se dirige sur Moscou, passant au travers des forêts de sapins à demi ensevelis, changeant de chevaux à chaque relais solitaire et continuant sa course avec une rapidité vertigineuse. Le ciel est sombre, couvert de lourds nuages gris aux flancs chargés de neige. De la neige au ciel, de la neige sur la terre, sur les toits des maisons, sur la coupole dorée des églises, partout ! [3] En une phrase sont évoqués divers éléments du décor russe : les troïkas et leurs clochettes, les forêts de sapins, les coupoles dorées des églises, un véritable triptyque pour agence publicitaire. Un seul nom de lieu, centre pressenti de ce désert sans fin : Moscou. Quelques vocables tirés de la langue russe suffisent à donner la touche exotique attendue du lecteur : la « téléga », et juste après, le « moujik » et le « boyard », suivi quelques pages plus loin par le « droski ». La graphie « czar », qui évoque l'origine latine du titre (Caesar - « Kaiser » en terre germanique) semble plus éloquente que celle de « tsar », qui traduit simplement la prononciation de ce mot en russe. Cette image d'un voyage monotone dans une nature d'une désolante tristesse se retrouve à plusieurs reprises dans notre récit. Ainsi, pour évoquer le voyage de Madeleine de Moscou jusqu'à la frontière russe, où les événements vont se précipiter pour elle : Et la téléga glisse toujours sur la neige, emportée par ses trois chevaux garnis de clochettes. Aux plaines désertes succédèrent les forêts de pins rabougris ; aux forêts de pins, les solitudes marécageuses. Nulle part un accident de terrain, une colline, une butte. Aussi loin que l'œil peut s'étendre, la plaine infinie, la plaine blanche, mouchetée çà et là par un noir bouquet de sapins. [4] La végétation elle-même (pins rabougris et bouquets de sapins noirs) participe d'un monde proche de la mort, d'une nature ingrate aux eaux stagnantes (les solitudes marécageuses). Même motif pour accompagner le voyage d'Yvan Potenieff, sur la route de Saint-Pétersbourg à son domaine de Lifra, aux environs de Peterhof, à la frontière polonaise : Car les routes sont à peu près les mêmes partout en Russie. De grandes plaines neigeuses ; des forêts de pins et de bouleaux ; un village de loin en loin ; une maison de poste isolée. Tout cela finit et recommence, puis cesse avec une désespérante monotonie. [5] Cette terre de désespérance est terne, plongée dans son blanc linceul. Une image cependant viendra souligner le contraste entre ce pays accablant d'ennui et l'une de ses créatures, la redoutable et mystérieuse comtesse Wasilika, présentée comme une fleur orientale inquiétante, voire une tigresse : La comtesse était nonchalamment étendue sur un sofa recouvert d'une peau de tigre, au fond d'une serre chaude remplie de lauriers-roses et de camélias. Tandis que la neige couvrait les terrasses de son palais de marbre, la comtesse semblait vivre au milieu des fleurs et de la végétation de l'Orient. [6] Mais c'est à Paris que, par la suite la terrible comtesse exercera ses cruautés et ses ravages sur le malheureux Yvan Potenieff. Un seul élément anime l'immensité de la pleine russe sous la neige : les bandes de loups qui sortent, poussés par la faim, du fond des bois. La pauvre Madeleine, fuyant une auberge de malheur et un ignoble cocher qui en veut à sa vertu, se retrouve seule, dans la nuit, dans la vaste plaine aux abords de la sombre forêt. Elle aperçoit au loin la clarté d'un traîneau et entend le bruit des clochettes. Mais voilà qu'auprès d'elle se rassemble une bande de loups qui l'entourent d'un cercle menaçant : Plus près, beaucoup plus près, Madeleine aperçoit quelque chose qui brille et ressemble à un charbon ardent tombé sur le sol. Puis une autre clarté s'allume à gauche, et encore une autre à sa droite. La lumière qui brille au loin est claire ; celles-là sont mornes et sombres ; mais, mobiles comme la première, elles se rapprochent peu à peu. On dirait des étoiles détachées de la voûte du ciel et se jouant sur la neige. Madeleine s'est arrêtée, prise à la gorge par l'angoisse d'une singulière épouvante. Les charbons ardents se multiplient et se rapprochent, formant autour de la jeune fille comme un cercle de feu. Il y en a dix, vingt, trente, et de tous les points de l'horizon il en accourt de nouveaux. (…) C'est une de ces terribles bandes de loups qui désolent les campagnes russes et que la neige fait sortir affamés du fond des bois. [7] Finalement, Madeleine sera sauvée de ce péril pour tomber dans un autre, pire encore, puisque son sauveur n'est autre que le vicomte de Morlux qui veut sa perte. Ces loups qui hantent l'immense désolation de la plaine russe, on les retrouve lorsque l'auteur évoque les chasses nocturnes et sauvages du prince Maropouloff. Le prince Maropouloff est un homme d'à peine trente ans, chasseur passionné. Il accompagnait jadis l'empereur Alexandre, quand celui-ci n'était que czarewith, à la chasse à l'ours. Mais dans cette partie de la Russie qu'il habite, il n'y a pas d'ours. Seulement, comme on a pu le voir, les loups y abondent, et c'est un plaisir sans égal pour le prince, de quitter, au coucher du soleil, quand la nuit s'annonce glacée, son château des bords de la Bérézina et de remonter vers le nord, c'est-à-dire dans la direction de Moscou, avec six ou huit amis venus de Pétersbourg, dans un traîneau attelé de sauvages et vaillants chevaux de l'Ukraine. Le postillon lance ses chevaux à toute vitesse en poussant des cris. Un valet du prince qui se tient à l'arrière du traîneau tire les oreilles à un chevreau qui brame… Le traîneau vole sur la neige comme une mouette sur l'Océan. Aux cris du chevreau, les loups accourent. Alors le prince et ses compagnons font feu sans relâche, et l'on court ainsi jusqu'au jour, laissant derrière le traîneau de nombreux cadavres. Au jour, quand le soleil vient resplendir sur la neige, les loups survivants ont regagné les profondeurs des forêts. Alors, le bouillant attelage tourne bride, et le traîneau recueille un à un les cadavres échappés à la voracité de la bande, et dont le fourrure, dépouilles opimes, jonchera bientôt les vastes salles du château, où le prince Maropouloff passe une grande partie de la saison d'hiver. [8] La cruauté légendaire attribuée au loup se transpose ici, d'une certaine manière, sur cette horde de chasseurs nocturnes qui évoque ce que les auteurs du Moyen Age appelaient la « Mesnie Hellequin » ou « Chasse Arthur ». Il s'agissait alors d'une troupe de chasseurs nocturnes dans les airs qui, par leurs cris et leur vol impétueux remplissaient de terreur ceux qui les entendaient passer. Puisque nous sommes dans le monde de la légende, comment ne pas penser, à propos de l'auberge du Sava d'où Madeleine s'est enfuie, à la vieille légende russe de Baba-Yaga et de sa hutte dans la forêt, juchée sur des pattes de poules, et si bien évoquée par Moussorgski dans ses Tableaux d'une exposition ? Cette auberge de mauvaise réputation a déjà été le lieu, par le passé, où s'est commis un crime. L'auteur ne manque pas d'expliquer que le mot sava désigne en russe « le nom d'un oiseau nocturne qu'on appelle grand-duc en France, et dont le cri sinistre est réputé de mauvais augure » [9]. Ce mauvais lieu se trouve au cœur d'une forêt impénétrable de sapins et l'auberge est décrite comme « une maison à deux étages, construite en bois, peinte en rouge, avec son enseigne se détachant en noir sur un fond blanc » ; il est curieux de retrouver ici la palette complète des trois couleurs fondamentales caractéristiques de nombreuses légendes indo-européennes, comme le montrent divers travaux de l'école dumézilienne. [10] Mais l'angoisse est suscitée par l'évocation de la salle vaguement entrevue depuis l'extérieur : Pourtant, à travers le papier huilé qui tenait lieu de vitre, on voyait le rouge éclat d'un feu de sapins, et les strophes avinées d'une chanson de cosaque arrivèrent aux oreilles de la jeune fille. [11] Et surtout, le portrait que fait l'auteur de l'aubergiste, la vieille Ywanowitchka, qu'il compare à l'une des sorcières de Macbeth, fait penser à la Baba-Yaga des contes russes : Elle avait une chevelure blanche, taillée en brosse et veuve de toute coiffure, des traits anguleux et décharnés, un nez d'oiseau de proie, de petits yeux gris et ronds comme ceux du volatile nocturne qui servait d'enseigne à son auberge, des lèvres minces et plissées qui en s'ouvrant laissaient voir une bouche veuve de ses dents, à l'exception de deux incisives jaunes comme de l'ambre et qui ressemblaient aux dents d'un carnivore. [12] On retrouve dans ce portrait le procédé de l'animalisation d'un être humain pour suggérer ses tendances inquiétantes, ici celle d'un oiseau de proie carnivore, prêt à dévorer la pauvre Madeleine. Procédé de l'animalisation que l'on rencontre déjà, par exemple, à la fin du XIIe siècle, chez le grand romancier champenois Chrétien de Troyes, lorsqu'il fait le portrait d'un homme sauvage, gardien d'un troupeau de taureaux dans son roman Yvain ou le Chevalier au Lion. Mais si la Russie est essentiellement une plaine immense et d'une désolante monotonie, elle renferme en son centre une perle : Moscou. La ville, où Napoléon a séjourné quelques semaines en 1812 alors que, sous la direction de son gouverneur Rostopchine, le père de la comtesse de Ségur, les habitants y mettaient le feu pour empêcher l'envahisseur de s'y installer, est présentée comme une ville sainte, tournée vers le passé de la Russie et hostile à l'esprit moderne, représenté par l'autre capitale, Saint-Pétersbourg : Le prince K habitait une magnifique résidence aux environs de l'ancienne capitale de toutes les Russies - Moscou la sainte et la vénérée, - Moscou, la ville du vieux parti russe. [13] Moscou n'est pas véritablement décrite, mais elle est présentée d'abord de loin, du point de vue d'un voyageur arrivant de l'ouest, et le regard est aussitôt ébloui par les coupoles dorées du Kremlin : Vers le soir, comme un pâle rayon du soleil d'hiver glisse entre deux nuages, les coupoles orientales du Kremlin apparaissent dans la brume du couchant. [14] Puis le voyageur pénètre dans la ville par les faubourgs, et atteint le quartier chic où se trouve la résidence du comte Potenieff, chez lequel Madeleine est institutrice : La téléga court toujours vers Moscou. (…) Voici les fortifications, voici le slobour, c'est-à-dire le faubourg. Le slobour est traversé comme un rêve ; la téléga entre dans l'enceinte de la ville et gagne l'aristocratique quartier de Belgorod. C'est là qu'est le vieil hôtel du comte Potenieff. [15] Quant à l'autre capitale de l'empire, Saint-Pétersbourg, construite par un effet de la volonté d'occidentalisation et de modernisation de la Russie sous Pierre le Grand, on n'en connaît que deux lieux : au centre, la forteresse Pierre-et-Paul, qui sert de prison militaire et où Yvan Potenieff est relégué sur les ordres de son père, et la demeure de la comtesse Wasilika dans le quartier de Vyborg, sur la rive droite de la Néva ; ce quartier, qui est résidentiel dans sa partie nord, deviendra célèbre quelques décennies plus tard pour avoir été le foyer de révoltes ouvrières durant les révolutions de janvier 1905 et de mars 1917. A côté de ces deux capitales prestigieuses, qui incarnent le constant déchirement de la Russie entre une vocation européenne et une vocation asiatique, aucune autre ville importante de Russie n'est évoquée ni même nommée. La géographie russe de Rocambole se réduit à la plaine immense, aux deux capitales et au bourg de Peterhof, à la frontière polonaise, où se concentrent les épisodes dramatiques durant lesquels Rocambole affrontera le vicomte Karle de Morlux pour lui arracher sa proie, Madeleine. Peterhof est présenté comme une ville de garnison où séjournent des Cosaques généralement ivres, une bourgade de deux cents maisons alignées le long d'une seule rue aux deux bouts de laquelle se trouvent un poste de police et un relais de poste. Seuls comptent, en fait, les références aux autorités militaires ou administratives. L'auteur évoque aussi le village de Studianka, où bivouaqua Napoléon durant la nuit qui précéda le fameux passage de la Bérézina, et l'auteur ne manque pas d'évoquer l'héroïsme de ceux qui permirent la retraite : « C'est à Studianka que le général Eblé et ses héroïques pontonniers jetèrent ce pont de bateaux gigantesques sur lequel s'engagea l'armée française » [16]. Ici aussi, il n'y a qu'une rue et le bâtiment du gouverneur, une imposante demeure carrée qui sert tout à la fois de forteresse, de caserne et de prison. L'emprise d'un pouvoir bureaucratique sur la population s'inscrit ainsi dans une architecture urbaine réduite au strict minimum. Même les demeures seigneuriales, tel le château du comte Potenieff dans son domaine de Lifrou, n'ont rien à voir avec leur équivalent en Europe occidentale : ce château n'est qu'une « résidence au milieu des bois et des marais qui couvrent cette partie de l'empire moscovite qu'on appelle la Russie noire », ce n'est qu'un « vaste bâtiment carré à deux étages » [17]. D'ailleurs, ce château est délaissé par ses maîtres et il est géré par un intendant cruel et avide, Nicolas Arsoff. A plusieurs reprises, l'auteur évoque la coutume des grands seigneurs russes qui préfèrent séjourner dans les capitales, passer l'été dans leurs propriétés de Russie méridionale ou voyager à l'étranger. Du coup, leurs serfs sont livrés à l'arbitraire des intendants, dont la cruauté est illustrée par la vengeance que tire Nicolas Arsoff d'un paysan qui lui résiste en lui faisant appliquer le knout. L'auteur oppose l'humanité des seigneurs à l'âpreté de leurs intendants : Quand les paysans sont assez heureux pour que leur propriétaire vive sur ses terres, ils sont bien traités et n'ont besoin de rien. Le grand seigneur russe est humain ; mais, malheureusement, il vit rarement chez lui, préfère voyager ou habiter Moscou, Pétersbourg, Paris, et il laisse la gestion de ses biens à un intendant. L'intendant, qui souvent a été serf lui-même, est un homme cruel, âpre à l'argent, et qui accable les paysans de corvées ou de redevances. [18] Ainsi est posée une des questions sociales les plus sérieuses de la vieille Russie, traitée par exemple dans Anna Karénine par Léon Tolstoï. L'auteur, d'ailleurs, ne manque pas de signaler en note que, depuis l'époque où se passe l'action de ce récit, le servage a été aboli en Russie - de fait, quelques années seulement avant la rédaction de cette partie par Ponson du Terrail (en 1865), puisque l'abolition du servage en Russie en 1861 coïncide avec le début de la Guerre de Sécession aux États-Unis. Les réformes introduites par le tsar Alexandre II n'allèrent pas sans susciter de profondes oppositions, notamment au sein de la noblesse, et l'auteur brosse un portrait plutôt critique des conservateurs qui se réunissent aux environs Moscou chez le prince K. : Le prince K était un vieux général dont le gouvernement du nouveau czar avait laissé reposer l'épée. Partisan fanatique des vieilles idées et des vieilles mœurs moscovites, le prince K était un des chefs de ce parti rétrograde qui, dans ces dernières années, avait adopté le grand-duc Constantin pour drapeau, avait combattu de tout son pouvoir les réformes civilisatrices de l'empereur Alexandre II, et était entiché d'opposition systématique. Le palais du prince K était un véritable rendez-vous de tous les mécontents. On s'y réunissait chaque soir ; on y parlait politique, on louait le grand-duc, on blâmait l'empereur, et on censurait avec amertume, enfin, tous les actes du gouvernement. [19] Ces réformes devaient d'ailleurs, comme le laisse entendre l'auteur au travers d'une conversation entre les époux Potenieff, entrainer la ruine de la noblesse, d'où la volonté du comte de voir son fils Yvan épouser la riche comtesse Wasilika. Le sort des paysans avant leur émancipation est également aggravé par les obligations du service militaire, les seigneurs livrant à l'armée des serfs que l'on emmène de force. C'est ainsi que cela se passe chez le prince Maropouloff, un des plus riches propriétaires de la province. Auprès de la sienne, les fortunes environnantes ne sont plus que des pauvretés. Il a cent mille paysans ; il possède des mines d'argent au pied des monts Ourals ; il lève, au besoin, tout un régiment à ses frais. [20] Dans tout son tableau de la vie de province en Russie, l'auteur insiste sur l'étroitesse de l'existence et sur le tempérament fataliste du peuple russe. Les rapports de Vanda, autrefois baronne de Sherkoff , et de l'intendant Nicolas Arsoff illustrent à leur manière l'infranchissable fossé qui sépare une femme noble d'un serf. La cruelle agonie de Nicolas Arsoff - qui périt dans l'eau glacée d'un bassin sous le regard impitoyable de Vanda - est un juste châtiment pour ce scélérat ; mais elle sanctionne aussi toute velléité de mélange entre les castes. Ce passage est l'un des grands moments de l'épisode en Russie ; l'eau ayant coulé dans le bassin dont Nicolas Arsoff ne peut sortir, seule la tête du malheureux demeure au-dehors ; le tragique de cette scène est encore accentué par le fait qu'elle est présentée à partir du point de vue de Rocambole, qui se tient à une certaine distance de Vanda : Et Rocambole vit la jeune femme debout au bord du bassin, assistant aux derniers moments de son esclave, qui avait osé lui parler d'amour. Le bassin, maintenant, était complètement gelé, et du milieu d'un bloc de glace sortait la tête livide de Nicolas Arsoff. L'intendant respirait encore ; mais la glace commençait à se resserrer, lui formant autour du corps une carapace qui allait l'étouffer. [Vanda] attachait maintenant un regard fixe et béant sur cette tête violacée que les ombres de la mort commençaient à estomper, dont les yeux étaient sans rayons, et dont les lèvres remuaient sans livrer passage à aucun son. [21] Cette mort dans les glaces, cette tête au regard fixe et au regard privé de toute lumière, voilà qui pourrait évoquer, par une sorte de réminiscence plus ou moins consciente de l'auteur, la figure pétrifiée de Lucifer figé au tréfonds de l'Enfer dans une prison de glace de l'étang du Cocyte. [22] Ce que suggère Ponson du Terrail, dans sa peinture de la société russe, c'est le poids de l'obéissance qui s'impose à tous, du bas jusqu'au plus haut de la hiérarchie : « En Russie, on ne discute pas. Depuis le plus humble des serfs jusqu'au plus grand seigneur, chacun obéit » [23]. La Sibérie est là, comme une menace permanente, pour les grands comme pour les petits. Ainsi, le moujik Pierre est envoyé aux mines de Sibérie pour avoir commis un crime, mais le texte évoque aussi la relégation en Sibérie pour les politiques indésirables. C'est d'ailleurs une peine que risque Vanda, puisque, native de Vilna, elle est soupçonnée par la police du tsar d'avoir eu des liens avec l'insurrection polonaise de 1863. Un des traits de l'autocratie est que la distinction, essentielle dans l'héritage du droit romain, entre la vie privée et la vie publique est moindre en Russie, puisque l'on voit Yvan Potenieff invoquer le fait que l'autorité de l'empereur pourrait se substituer à celle de son père pour lui permettre d'épouser sa chère Madeleine. Amour de l'ordre et despotisme : c'est par ces termes qu'un célèbre voyageur français, le marquis de Custine, qualifie le régime de la Russie en 1839, où il voit toute la population de l'empire soumise à la règle militaire : « En Russie, le gouvernement domine tout et ne vivifie rien. », et à ses yeux, « la vie des Russes est plus triste que celle d'aucun des autres peuples de l'Europe » [24]. Il est frappant de voir combien le tableau que peint Ponson du Terrail de la Russie ressemble par maints traits à celui que brosse le marquis de Custine dans une œuvre qui fut un véritable best-seller et dont il ne serait pas étonnant qu'elle ait inspiré à Ponson sa vision de la Russie, puisque aussi bien les vues de Custine imprègnent encore bien souvent de nos jours la façon dont les Français appréhendent la grande puissance de l'Est à cheval sur l'Europe et sur l'Asie. Le Voyage en Russie fut publié pour la première fois en 1843, et le Résumé du voyage forme l'essentiel de la trente-sixième et dernière lettre de cette œuvre ; son destinataire n'était autre que l'illustre Chateaubriand. Custine avait passé en fait moins de trois mois en Russie - durant l'été pour éviter les affreux désagréments de l'hiver russe - et, selon Victor Erofeev, son itinéraire s'était limité à Saint-Pétersbourg, Moscou, Yaroslavl et Nijni-Novgorod. Custine fut accueilli dans la capitale comme un hôte de marque : « Nicolas Ier en personne lui réserva un accueil chaleureux et profita de plusieurs réceptions au palais pour converser avec le voyageur français sur des sujets aussi délicats que l'autocratie, la république, les révolutionnaires « décembristes » exilés ou exécutés » [25]. C'est en cachette que Custine écrivit ses lettres qu'il faisait passer en France par le courrier diplomatique. Victor Erofeev signale, parmi les moyens auxquels recourut le gouvernement russe pour réfuter Custine, l'achat massif de l'ouvrage par les diplomates afin d'en empêcher la diffusion. Il rapporte également les propos du général Benckendorff, le chef de la police secrète russe, qui confia à Nicolas Ier : « Monsieur de Custine n'a fait que formuler des pensées que nous inspirons depuis longtemps au monde entier, y compris à nous-mêmes » [26]. Custine était allé puiser ses sources dans L'Histoire de l'État russe de Karamzine, un ouvrage de référence, et dans la Lettre philosophique de Tchadaev, interdite en Russie ; il fut influencé également par des « occidentalistes » tels que Tourguéniev ainsi que par les nombreux émigrés polonais à Paris. Aujourd'hui encore, l'ouvrage de Custine n'a jamais été publié en entier en Russie. Dans les deux domaines que nous avons exploré chez Ponson du Terrail - la nature russe et la société russe - les mêmes conceptions sont déjà présentes chez le marquis de Custine. Celui-ci déplore un excès d'uniformité qui marque à la fois le caractère du pays et celui de ses habitants : « Le bouleau et le pin, voilà toute la végétation naturelle de la Russie septentrionale » [27]. Custine précède en quelque sorte les conceptions de Taine qui explique les tempéraments nationaux par le climat et par la race. A ses yeux, trois choses seulement valent la peine du voyage : la Néva, le Kremlin et l'empereur. Pour lui les Russes de son temps ne sont que « des barbares bien habillés » et il estime que l'occidentalisation imposée aux Russes par Pierre le Grand, qu'il qualifie de « génie barbare » a causé à son peuple un mal irréparable. Ce peuple n'excite en rien son intérêt : il lui reproche d'être superficiel, de manquer d'invention, d'avoir un tempérament susceptible et dur tout à la fois, et surtout de manquer de confiance en soi : « Ce peuple bizarre unit une extrême jactance à une excessive défiance de lui-même ; en dehors suffisance, au fond humilité inquiète » [28]. Mais la critique de Custine porte plus encore sur les institutions et le gouvernement de la Russie, qui lui paraissent au fond complètement étrangères à la civilisation de l'Europe occidentale et relever, sans que le terme soit prononcé, du despotisme oriental. Il n'y a pas de justice et de sens du droit, il n'y a que des serfs ou des courtisans, et ce sont des étrangers qui composent la classe moyenne. Au fond de tout cela, la violence et l'arbitraire : « L'empire de Russie est le pays de la terre où les hommes sont le plus malheureux, parce qu'ils y souffrent à la fois des inconvénients de la barbarie et de ceux de la civilisation » [29]. S'il est un lieu commun dans lequel on ne saurait reprocher à Custine de tomber, c'est bien l'évocation de l'« âme russe ». Custine, si attentif à observer les rouages et les effets du régime autocratique, paraît jeter un regard bien superficiel sur la religion orthodoxe qu'il qualifie de « byzantine ». A la différence de l'Église catholique qui ne dépend d'aucune souveraineté temporelle, le clergé russe ne lui semble être qu'une « milice, un régiment de clercs » propre seulement à enseigner la soumission au peuple et qui ne parle pas à son âme : « Cette Église n'a nul pouvoir sur les cœurs ; elle ne sait faire que des hypocrites ou des superstitieux » [30]. Manifestement, Custine est passé totalement à côté de la vie intérieure du peuple russe que les grands romanciers de la seconde moitié du siècle sauront éclairer d'une si vive clarté. C'est d'ailleurs chez un auteur tel que Nicolas Leskov, moins connu généralement en Occident que Tolstoï ou Dostoïevski, qu'il faut aller chercher une peinture profonde et sensible de la vie du clergé russe ; et il semble bien que Custine n'a rien connu de Gogol, auteur, à côté de son œuvre romanesque, d'une émouvante explication de la « Divine liturgie », et moins encore, naturellement, du starets saint Séraphim de Sarov, dont l'influence était pourtant considérable et qui servirait à Dostoïevski de modèle pour le starets Zossime des Frères Karamazov. Custine voit au fond dans la Russie une menace pour l'Europe, et en particulier pour Rome et la catholicité. Parti de Paris dans l'espérance d'une alliance intime entre la France et la Russie pour contrer l'esprit du libéralisme et de l'anarchie moderne, Custine, dans son désenchantement, se tourne du côté de l'Allemagne : « Tout ce qui concourt à hâter le parfait accord de la politique allemande avec la politique française est bienfaisant » [31]. Voilà qui illustre la constante hésitation de la diplomatie française depuis Napoléon jusqu'à la Grande Guerre, incapable de trancher entre une entente avec l'Allemagne et l'alliance russe. Pour Custine, dont l'éthique est éminemment aristocratique, c'est précisément dans l'aristocratie qu'il voit une protection de la civilisation contre le despotisme autocratique qui sévit en Russie et contre le despotisme révolutionnaire qui règne en France. Aussi fait-il un éloge de la politesse et de la véritable urbanité, qui est un précieux héritage à cultiver avec soin : L'esclavage produit la bassesse, qui exclut la vraie politesse ; celle-ci n'a rien de servile puisqu'elle est l'expression des sentiments les plus élevés et les plus délicats. Or ce n'est que lorsque la politesse devient en quelque sorte une monnaie courante chez un peuple entier qu'on peut dire que ce peuple est civilisé. [32] Custine ne pouvait imaginer que puisse venir un jour où l'urbanité et la politesse ne seraient plus des qualités inhérentes dans la vie sociale des Français. Le mythe russe, cristallisé en Europe par le Voyage en Russie de Custine, nous le retrouvons un quart de siècle plus tard dans l'épisode russe de Rocambole. Mais il perdure bien plus loin encore, et nous en trouvons un témoignage dans une œuvre remarquable de la seconde moitié du XXe siècle, un roman posthume et inachevé de Roger Martin du Gard, Le Lieutenant-Colonel de Maumort. Dans un passage consacré au tableau de la vie intellectuelle à Paris dans les années 1880, l'auteur évoque brièvement la découverte que fait son personnage de la Russie au travers des brillantes évocations que lui en fait Tourguéniev, qu'il a le privilège de rencontrer dans le salon de son oncle, membre éminent de l'Institut : En dix minutes de monologue, il trouvait le moyen d'évoquer tant de souvenirs, de conter tant d'anecdotes que toute la Russie faisait irruption dans la bibliothèque de la rue de Fleurus, avec sa neige et ses steppes, ses boues ensoleillées du printemps, ses forêts de bouleaux, ses troïkas, ses moujiks ivres, ses paysannes à fichus multicolores, sa vodka, ses samovars, ses kopecks, ses laptis… Tout ce pittoresque coloris, auquel nous ont familiarisé ensuite les romans russes, qui, littéralement, me grisa. [33] Qui viendra prétendre que les mythes n'ont pas la vie longue ? Charles Ridoux Amfroipret, le 6 décembre 2001, fête de saint Nicolas [1] PONSON DU TERRAIL, Rocambole 1. L'Héritage mystérieux, Marabout (G 181), p. 58. [2] Ibid., p. 11. [3] p. 10. [4] p. 20. [5] p. 166. [6] p. 162. [7] p. 47. [8] p. 168. [9] p. 23. [10] DUMEZIL Georges, Mythe et Epopée I. II. III., Paris, Galliamrs, 1995, “Quarto”. [11] p. 24. [12] p. 26. [13] p. 16. [14] p. 11. [15] p. 13. [16] p. 58. [17] p. 77. [18] p. 60. [19] p. 16. [20] p. 167. [21] p. 155. [22] Dante, Enfer, Chant 34, 28-29. [23] p. 156. [24] CUSTINE Astolphe (de), Résumé du voyage en Russie en 1839, suivi de Custine et la Russie éternelle, par Victor EROFEEV, Éditions Allia, Paris, 1995, pp. 10 et 13. [25] Ibid., p. 92. [26] p. 107. [27] p. 14. [28] p. 51. [29] p. 48. [30] p. 78. [31] p. 74. [32] p. 26. [33] MARTIN DU GARD Roger, Le Lieutenant-Colonel de Maumort, Paris, Gallimard, 1983 (Pléiade), p. 396. - Artículo*: Charles RIDOUX - Más info en psico@mijasnatural.com / 607725547 MENADEL Psicología Clínica y Transpersonal Tradicional (Pneumatología) en Mijas y Fuengirola, MIJAS NATURAL *No suscribimos necesariamente las opiniones o artículos aquí enlazados
 

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